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ARTICLE MIDI-LIBRE DU DIMANCHE 6 JUIN 2026

CAMILLE PASCAL
De sa plume flamboyante et rigoureuse, le romancier montpelliérain nous raconte comment, en quelques jours en 1661, Louis XIV est passé du « golden-boy » au Roi Soleil.

Recueilli par Laure Joanin
Vous nous conviez à la cour de Louis XIV en 1661 au moment où le tout-puissant Mazarin agonise. Quelle est l’intrigue du « Bal des foudroyés » ?
On pourrait dire que c’est l’histoire d’un jeune golden-boy de 22 ans (Louis XIV) qui aime les fêtes, les chevaux et les femmes, que personne ne prend au sérieux, même pas sa mère (Anne d’Autriche) et qui a laissé, durant près de dix ans, les affaires de la famille aux mains de son parrain (Mazarin).
À la mort dudit parrain, il va se rendre compte que son parrain était un vrai parrain au sens mafieux du terme. Certes, un grand homme d’État qui laisse un pays en paix, mais aussi le plus grand prévaricateur de l’histoire de France qui a détourné l’équivalent d’une année du revenu fiscal du royaume. Les témoignages disent que durant toute l’agonie de Mazarin, le roi ne cesse de pleurer. Après, il ne pleure plus, et c’est là qu’apparaît sur son visage ce masque d’impassibilité qu’il aura jusqu’à sa mort, en 1715.
Le Bal des foudroyés raconte ce moment de bascule où Louis XIV instaure la monarchie absolue en organisant un véritable coup d’État.

Comment comprendre sa volonté de s’emparer du pouvoir à cet instant précis de son règne ?
Louis XIV, c’est un traumatisé. Toute son enfance, il a vu sa mère humiliée par les Grands du royaume, le Parlement et le peuple, durant la Fronde. C’est pour cela qu’il n’arrive pas à condamner Mazarin qui leur a sauvé la vie à cette période. Plane aussi au-dessus de lui la Révolution anglaise qui s’est soldée par la décapitation du roi. De plus, le calme n’est par revenu en France. Marseille est au bord de l’insurrection et, dans les provinces, il y a des révoltes fiscales. Je pense que lorsqu’il découvre les malversations de Mazarin, le roi se dit qu’il ne peut plus laisser le royaume se faire dépouiller. Même s’il est doté, selon Saint-Simon, « d’un esprit au-dessous du médiocre », il a un sens inné de la politique et de la communication.

Le complot qu’il ourdit contre Fouquet, son surintendant des finances, est d’une dureté, d’une violence et d’une duplicité incroyables.

Effectivement, « Le Bal des foudroyés » raconte, sur le mode du thriller, la manière dont Louis XIV organise l’arrestation de Nicolas Fouquet par d’Artagnan en septembre 1661…
Fouquet, voilà un homme extrêmement intelligent aveuglé par son habileté ! On explique souvent sa chute par la célèbre fête qu’il donna en août 1661 dans son château de Vaux-Le Vicomte et dont le faste provoqua la jalousie de Louis XIV. En réalité, même s’il est vrai que Fouquet prenait encore le roi pour un gamin qu’il pourrait amuser avec une réception, cette histoire de fête est la raison qu’on a donnée à l’époque pour justifier la dureté du roi à son égard. En réalité, l’idée de son arrestation date du 4 mai 1661 et c’est Colbert, l’homme de confiance de Mazarin, qui a tout monté. Fouquet est assurément la victime expiatoire pour dissimuler le gigantesque système de détournement de fonds orchestré par le cardinal qui, grâce à son trésor de guerre, est devenu l’homme le plus riche d’Europe.

En quatre romans, vous vous êtes imposé comme un portraitiste rigoureux et ironique des intrigues de l’Ancien Régime…Quelle est l’ambition de vos lignes ?
Trop souvent, les personnages des romans historiques sont des acteurs qu’on a déguisés, disait Marguerite Duras. Alors, en m’appuyant sur les mémorialistes, je m’efforce d’en faire des êtres de chair et de sang, mus par des passions qui sont les mêmes que les nôtres. Parce que s’il y a une évolution de la société et de sa tolérance, l’âme humaine reste inchangée. Mon objectif est de faire descendre ces personnages du piédestal qu’ils ont eux-mêmes cherché à bâtir. Louis XIV, par exemple, s’est construit un personnage dont tous les historiens sont restés les otages. Alors j’essaie d’approcher au mieux la réalité psychologique en mettant la littérature au service de l’histoire.

Un Montpelliérain de coeur
ARCHÉOLOGIE 
Bien qu’il ait quitté la ville depuis longtemps, Camille Pascal reste un Montpelliérain de coeur. D’où son émotion en apprenant que la Société Archéologique de Montpellier, qui défend depuis plus de 200 ans le patrimoine montpelliérain, l’avait élu membre à l’unanimité. La S.A.M. lui consacrera une après-midi spéciale le 24 septembre 2026 à partir de 14h30 au Palais Jacques-Coeur. L’occasion également pour la S.A.M. d’exposer l’exemplaire armorié du livre « Les Plaisirs de l’île enchantée » offert par Louis XIV à Louise de la Vallière. 

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